Au pays des merveilles

Nous en avons besoin. Quittons un moment le temps présent dans lequel nous respirons sous contrainte, et oublions le. Ne pensons plus à ces horloges qui nous mettent toujours en retard, et suivons Alice au pays du langage aux références étranges. Le lapin blanc, le Chapelier, la chenille, le chat du Cheshire, la Reine et ses cartes à jouer nous emmènent dans un autre espace, où tout est possible mais où rien ne se passe vraiment. Les discours y sont velléitaires et flous, reposant sur des règles strictes de syllogisme mais dont les prémisses sont issues de références irréalistes et pourtant familières. Engageons nous derrière notre guide et rejoignons son pays des merveilles.

Ce sera notre transition pour cette année surprenante. Cette année pas de prix, pas de sélection, mais un travail sur l’œuvre qui participa magistralement à fonder à l’époque moderne les liens entre maths et littérature. Lewis Caroll nous a montré certains des chemins à emprunter pour faire jaillir du langage rationalisé la poésie subtile d’un monde fabriqué en songes. Alice raisonne, dans sa chute, dans son périple, dans ses rencontres, elle raisonne toujours. Les situations qu’elle traverse sont-elles extraordinaires ? Elle ne s’en émeut que peu. Elle raisonne avec toute la bienpensance dont elle est pétrie. Comment savez-vous que je suis folle ? Et c’est puissant, cela provoque des changements, le regard sur son bestiaire change en profondeur et son identité se dissout. Vous êtes un serpent, catégorise le pigeon. Un long cou, mangeant des œufs, cela répond en effet parfaitement à la définition. Elle n’arrive pas à prouver le contraire. Alice arrive même à mettre un terme à un procès dont elle est censée être un témoin et dont elle devient la juge de paix.

Le chef d’œuvre de Lewis Caroll peut se lire à différents niveaux, de la fable ou du conte pour enfants à la tentation psychanalytique, de l’usage de la logique à son absence de références réalistes. Il est empli de références à des mathématiques, et il crée un monde que le monde entier fréquente depuis 150 ans – 151 pour être précis. Ce livre a une portée universelle. Nous vous invitons cette année à en proposer sa lecture unique, et d’en produire des créations, des analyses, des séquences pédagogiques, des moments de poésie en classe, des liens entre récit et mathématiques.

Plusieurs traductions existent en français, certaines plus ou moins fidèles. La manière dont l’anglais traduit la conséquence et la déduction génère peut-être plus facilement du non-sens que le français, et sans doute certaines tournures sont intraduisibles.

Des pistes de travail avec des élèves du collège ou du lycée seront disponibles au fur et à mesure de leur élaboration. Peuvent être publiées vos idées et vos séances, transmettez les par le biais du formulaire de contact. Tous les travaux produits pourront être rendus publics sur le site.

Pour un premier contact avec l’œuvre de Caroll une version pdf avec les dessins originaux de l’auteur est disponible ici.

Nous vous souhaitons une très bonne lecture.