Récit des maths et maths en récit

« C’est un pouvoir immatériel que celui des racines carrées, dont la loi survit aux siècles et aux décrets de Staline et du pape. C’est un pouvoir immatériel que l’ensemble des textes produits par l’humanité et qu’on lit pour le plaisir, l’élévation spirituelle, l’élargissement des connaissances voire comme pur passe-temps »

Umberto Eco, De la littérature.

 

Pourquoi cette action ? Quels sont les buts pédagogiques ?

  • Relier deux disciplines

On rapproche souvent les mathématiques de l’architecture et de la peinture, mais on pense rarement à interroger le lien entre mathématique et littérature. Or, le XX a vu se développer des courants littéraires se réclamant ouvertement d’une inspiration basée sur des structures mathématiques comme l’Oulipo. Les mathématiques inspirent également les romanciers : depuis le succès du Théorème du perroquet de Denis Guedj, de nombreux récits retracent la vie d’un mathématicien ou choisissent les mathématiques comme toile de fond romanesque. D’autres utilisent des structures mathématiques comme trame sous-jacente, c’est le cas de La Vie mode d’emploi de Georges Perec.

On sépare trop souvent littérature et mathématiques, les littéraires et les scientifiques, les sections S et L.

  • Changer le regard, enrichir l’approche

Il ne s’agit plus de faire des mathématiques ou du français, il s’agit de lire. Le but est de sortir la littérature et les mathématiques de l’ornière du calcul à court terme et de favoriser une perspective d’ouverture et de construction d’une culture. Découvrir des œuvres par le biais du plaisir de la lecture change le regard sur les mathématiques souvent considérées comme arides et détachées du réel. Grâce au récit les mathématiques sont évoquées en contexte, elles deviennent une part de la culture, on les voit d’un œil différent. Les théories, les formules, les nombres s’inscrivent dans des activités humaines, nul n’est besoin d’être matheux pour en goûter le sel.

Le récit donne du sens, amène à interroger les notions, s’inscrit dans un parcours et donc facilite l’apprentissage ou la découverte. Le truchement de la fiction permet de construire des savoirs. Il ne s’agit pas de diffuser des savoirs mathématiques mais de reconstruire des recherches, des parcours individuels, la littérature trouve sa légitimité dans ses scrupules, son inquiétude face au savoir.

 

  • Ouvrir sur l’extérieur

Une des ambitions de cette action est de créer des échanges entre l’université et le lycée, les étudiants et les élèves, les professeurs et les élèves, la recherche et l’enseignement.

Le partenariat avec l’Université Montpellier, la faculté des sciences et la co-organisation avec l’IREM est constitutive de l’action et permet de réaliser cet objectif d’ouverture du lycée.

L’invitation d’auteurs, de chercheurs en mathématiques et la rencontre avec les élèves est une des facettes importantes de ce sujet, en montrant que les mathématique sont une oeuvre humaine, inscrite dans la culture humaniste et qu’une même personne peut combiner à la fois des compétences littéraires et scientifiques.

Le choix de textes très contemporains rapproche la lecture de l’actualité et inscrit le prix dans la critique littéraire de la presse papier ou en ligne.

Pour développer une lecture différente, un rapport différent au récit et aux personnages. Raconter c’est aussi tisser des liens entre passé et présent, entre présent et avenir. Le prix ouvre également sur la littérature étrangère et interroge les mathématiques comme langage.

 

 

Quels liens existent entre maths et récits ? Pourquoi ne faut-il pas les opposer ?

 

 

Quelles actions est-il possible de mener à partir de ce prix ?

  • Créer une dynamique au sein de l’établissement

Construire un comité de lecture commun permet de mettre en place des conditions concrètes et des objets communs pour un véritable échange. Ce projet interdisciplinaire propose une rencontre entre les niveaux, les classes et les sections créant ainsi des groupes nouveaux et une dynamique dans l’établissement.

Décerner un prix c’est « sérieux » . Faire comme les jurés des grands prix littéraires, se mettre à la place du critique, organiser des débats, parler d’œuvres qu’on a aimées en croisant deux perspectives développent des qualités différentes de celles attendues par les programmes.

Les élèves associés à l’organisation du prix vont prendre de l’autonomie, mieux aborder les différentes manières de produire de la culture, se les approprier, et deviendront acteurs dans la vie culturelle de l’établissement.

Les enseignantes du CDI sont aussi parties prenantes de l’organisation et du suivi du prix. Cela permet de générer une activité au sein du CDI à propos des mathématiques, de les rendre visibles et d’en présenter une brève actualité.

  • Créer une dynamique de projet au sein d’une classe

Inscrire une classe développe un projet autour des mathématiques et enrichit la notion de récit ou de littérature.  Le travail par petits groupes favorise l’appropriation des oeuvres et des thèmes ou concepts qui y sont contenus, par le biais d’une demande de production originale : viédo sur un livre, affiche, critique, saynète, oeuvre de toute nature…

La remise du prix à la faculté de sciences de Montpellier peut permettre à des classes pas très éloignées de participer à un événement culturel pendant la semaine des mathématiques, de découvrir un campus et de rencontrer les autres élèves ayant participé. La rencontre avec le président du jury est également une ouverture culturelle et un moment important dans la scolarité d’un lycéen.